ADIEU ET MERCI…
Quand on a vu le jour comme moi dans une région reculée où le nombre de sapins au mètre carré dépasse de loin celui d’âmes qui vivent (encore que, si on compte les bovidés…), les divertissements destinées à la jeunesse se comptent sur les doigts d’une main qui aurait malencontreusement rencontré une scie sauteuse. En gros, quand t’es ado, tes options pour le samedi soir se résument à :
1) Aller boire un verre avec tes potes dans un des cafés pourris dont la ville recèle,
2) Aller au ciné, voir en VF des blockbusters américains ou des saletés de comédies françaises,
3) Aller au bal ou en boîte, se payer de la musique de merde et essuyer les assauts de bouseux en chaleur,
4) Aller au concert, voir des groupes locaux ou étrangers, talentueux ou pas, mais partageant une caractéristique essentielle : leur non célébrité, plus ou moins assumée selon les cas.
Je vous la fait courte, mon kif à moi c’était 1) et 4). Surtout 4) d’ailleurs. Flanquée de mes Doc râpées et toujours accompagnée de mon inséparable comparse V., j’écumais les concerts, je voyais par dizaines des groupes obscurs, buvant au passage de la bière périmée et rencontrant des personnages pittoresques. Punk, rock, ska, hardcore, métal : V. et moi ne craignions ni les pogos, ni les headbangers chevelus, ni les circle pits.
C’était il y a 10 ans. Déjà. Une putain de décennie. T’y crois, V. ?
A la même époque à peu près, parmi la kyrielle de groupes régionaux qui cartonnaient, j’ai découvert Kontre2 (prononcez « contrecarrer » comme ils disaient). C’était un groupe un peu atypique : ils avaient l’audace de faire dans le rapcore quand tout le monde dans le coin jouait du punk. Par la suite, quand tout le monde s’est mis au hardcore ou au métal, les 5 mecs de KO2 ont continué sur leur lancée, en délivrant toujours cette énergie incroyable avec une attitude pas prise de (grosse) tête. Le line-up a eu beau changer plusieurs fois, le groupe restait étonnamment fidèle à lui-même. Il ne se passait pas une année sans que je les voie sur scène et finalement, KO2, ils faisaient un peu partie de mon paysage, sans que je m’en rende vraiment compte.
Après 10 ans de bons et loyaux services, KO2 a décidé de faire ses adieux. Un dernier concert, quelques bières, des potes et on se dit au revoir.
Bien sûr j’étais là. Et beaucoup d’autres visages familiers aussi. Des gens qui à l’époque traînaient leurs baskets dans les mêmes endroits pourris et aux mêmes concerts pourris où j’usais les miennes. Hier soir, tout le monde s’était donné rendez-vous pour applaudir une dernière fois les 6 membres du groupe (je vous ai dit que le line-up avait changé souvent !). Et quand KO2 a joué ses vieux morceaux, ceux-là qui nous faisaient jumper V. et moi il y a 10 ans, je me suis sentie projetée dans le passé. Violent. La putain de madeleine de Proust.
Quand le concert s’est achevé, j’avais une drôle de boule dans la gorge. Dire adieu à KO2, c’était aussi tourner la page, dire adieu à une époque ni pire ni meilleure que celle-ci mais gorgée de souvenirs, d’enthousiasme et de délires. V. n’était pas là, dommage.
A KO2, je voulais juste dire merci, pour leur énergie, leur originalité et leur persévérance. Merci d’avoir fait partie de ma B.O. de ces 10 dernières années…
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